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Trois créatrices partagent leur vision du design

En cette Journée Internationale pour les Droits des Femmes, on fait connaissance avec trois créatrices qui incarnent, chacune à leur façon, cette passion pour un design plus sensible et responsable, et qui mettent leur talent au service d’un univers qui vous ressemble, vous réconforte et vous inspire.

Ruth Wassermann, Directrice du design de MADE.COM


Quel est votre premier souvenir de design ?

Mes parents fabriquaient tous les deux de nombreux objets comme des meubles ou cousaient des vêtements. Je suppose que ma première expérience avec le design a été de créer avec mes parents.

Vous avez conçu de nombreux types d’objets, existe-t-il un fil conducteur entre eux ?

Je pense que mes goûts et centres d'intérêt changent à mesure que les directives générales et l’humeur évoluent. À l’ordinaire, mon fil conducteur est de croire fermement au pouvoir d’un brief fort - je me réfère constamment au brief. Si avant toutes choses vous avez une intention solide et que vous suivez ce dossier à la lettre, je pense que vous limitez la marge d’erreur. J'adore avoir un plan ! Les résultats, eux, varient selon les besoins.


Comment l’industrie du design a-t-elle évoluée ces dernières années ? Pensez-vous qu’elle est devenue plus inclusive ?

Je pense que l'inclusivité pour les femmes a fait de grands pas, mais je ne suis pas certaine que ça soit le cas dans un sens plus large. L'industrie du design pourrait faire mieux que ce qu’elle ne fait déjà. C’est réellement un sujet qui mérite bien plus d’attention !

La lampe Vetro, créée par l’équipe de designers en interne de MADE.COM




Pour Anni Albers « Être créatif n’est pas tant le désir de faire quelque chose que l’écoute de ce qui veut être fait et qui est dicté par les matériaux ». Quelle serait votre définition de la créativité ?

J'ai lu récemment que la créativité consiste à relier des points entre eux d’une manière dont ils n’ont jamais été liés. Je pense qu'être créatif a de nombreuses définitions, parfois c'est une évolution et parfois c'est une révolution. Toutefois ma propre créativité n’est pas très exaltante pour moi - c'est la magie qu’on les autres de donner vie à la créativité sous pleins de formes différentes, qui est inspirante et intéressante.

Selon Charlotte Perriand la modernité, c’était « exprimer son époque. Quelle qu’elle soit. Être contemporain dans un lieu donné. ». Est-ce que cette définition correspond et votre approche ?

Absolument - la modernité s’incarne dans l’actuel et la pertinence, et reflète l’état d’esprit du “maintenant”.  Construire dans la longévité et l'intemporalité c’est LE vrai défi. Un challenge que nous accueillons à bras ouverts quand nous créons des objets qui représentent des achats qui seront chéris à travers le temps. 

Pour Cini Boeri « La joie est inhérente à l’acte de concevoir, à la proposition du nouveau et à sa création, avec responsabilité et passion ». Quelles sont les valeurs qui vous représenteront toujours ?

Les choses qui me passionnent dans la conception sont : la collaboration, le jeu et le plaisir. C'est la meilleure façon de créer de nouvelles idées et de souder des équipes motivées et responsabilisées. Dans mon approche avec les autres, j’ai également un sens aigu de l’équité et de la justice, car ce sont eux qui sont au point de départ et la solution de tout design.


« Je pense qu’être créatif a de nombreuses définitions, parfois c’est une évolution et parfois c’est une révolution. » – Ruth Wassermann

Eugénie Delarivière, Designer et Directrice artistique du Studio Les Résilientes d’Emmaüs Alternatives


Quel est votre premier souvenir de design ?

Je crois que mon tout premier souvenir marquant de « design », au sens de la création d’un objet, était une exposition présentant le travail de Joe Colombo au Musée des Arts Décoratifs de Paris. J’avais été fasciné par cet univers, les pensées sur un espace modulaire complet, futuriste et utopique.

Vous avez conçu de nombreux types d’objets, existe-t-il un fil conducteur entre eux ?

Les objets que nous avons pu concevoir au sein des Résilientes n’ont rien en commun avec mes « premiers souvenirs de design », à part peut-être la recherche d’une certaine utopie dans la pratique.

Comment l’industrie du design a-t-elle évoluée ces dernières années ? Pensez-vous qu’elle est devenue plus inclusive ?

En France, le design a pendant longtemps été considéré comme un exercice de style, arrivant en fin de parcours dans l’élaboration d’un projet pour en définir l’esthétique mais non l’usage. La perception du design et des possibilités que la discipline offre a changé depuis et s’est ouverte davantage, à l’image de pays comme les Pays-Bas, où le design intervient partout, de la politique de la ville à l’utilisation de son téléphone. Le design intervient maintenant bien en amont dans la conception d’un produit ou d’un projet. En ce sens, la pratique est aussi devenue plus inclusive envers les destinataires, elle est plus « ouverte » et fait davantage intervenir les usagers dans le processus de conceptualisation.

Les lampes décoratives Ludivine, imaginées par l’équipe des Résilientes pour la collection circulaire Encore de MADE.



Pour Anni Albers « Être créatif n’est pas tant le désir de faire quelque chose que l’écoute de ce qui veut être fait et qui est dicté par les matériaux ». Quelle serait votre définition de la créativité ?

C’est une chose difficile que de définir la créativité. Je dirais que pour moi aujourd’hui la créativité c’est : faire exister. Créer quelque chose, c’est faire passer une idée dans le réel, l’existant. Cette idée de créativité comme création d’existant, c’est aussi un des leviers qui, je pense, pousse l’Homme à créer. C’est une manière d’exister, de perdurer.

Selon Charlotte Perriand la modernité, c’était « exprimer son époque. Quelle qu’elle soit. Être contemporain dans un lieu donné. ». Est-ce que cette définition correspond et votre approche ?

Oui, pourquoi pas, la modernité, c’est une notion floue, et une compréhension incertaine. On dit « c’est moderne » sans trop savoir ce que cela veut dire. Peut-être que la modernité c’est à la fois être en rupture et en accord avec son temps.

Pour Cini Boeri « La joie est inhérente à l'acte de concevoir, à la proposition du nouveau et à sa création, avec responsabilité et passion ». Quelles sont les principales valeurs qui vous représenteront toujours ?

Il n’est pas évident d’être 100 % sûre des valeurs qui me représenteront encore dans 10 ans. Celle dont je suis certaine, c’est l’ouverture à la rencontre, avec toujours la possibilité , justement, faire évoluer mes valeurs, mes goûts, mes envies…

« Peut-être que la modernité c’est à la fois être en rupture et en accord avec son temps. » – Eugénie Delarivière

Charlotte Juillard, Designer et Directrice artistique


Quel est votre premier souvenir de design ?

Je n’avais pas conscience de ce qu’était le design avant mes études en Arts Appliqués. Il y avait de beaux objets autour de moi, mais dont la conception m’était étrangère. Je pense notamment à la villa de ma grand-mère qui regorgeait de trésors, une maison sur la côte d’Azur construite dans les année 60 par un architecte réputé de la région, contemporain du Corbusier. Cet environnement lumineux m’a marqué. Mon premier dessin ayant pris « vie » est celui de mon projet de fin d’étude ; une série de porcelaine réalisée en partenariat avec la prestigieuse manufacture de Sèvres. Cette expérience de la création reste la plus marquante dans ma carrière de jeune designer. Je découvrais la beauté du geste et le passage de la 2D à la 3D.

Vous avez conçu de nombreux types d’objets, existe-t-il un fil conducteur entre eux ?

Je dirais que le fil conducteur de mes créations est une certaine féminité dans le dessin et la recherche d’un geste précis et juste. L’artisanat se réinvente dans notre monde un peu paradoxal où se mêlent hyper connexion, besoin profond de ré-ancrage et une quête de valeurs. Il y a un intérêt grandissant pour l’artisanat, le touché de la matière, un éloge à la « main ».

Comment l’industrie du design a-t-elle évoluée ces dernières années ? Pensez-vous qu’elle est devenue plus inclusive ?

Nous avons envie de consommer juste et mieux. Nous sommes sensibles à la provenance des objets qui nous entourent et à leur mode de fabrication. Être designer n’est plus seulement dessiner un objet mais réfléchir à son impact sur l’environnement et l’individu. Il y a un vrai regain d’interêt pour les manufactures anciennes et l’artisanat, l’importance du circuit court et l’origine des matières premières. L’attention portée au design est croissante, les écoles comme les entreprises misent sur les designers pour apporter un nouveau souffle au système traditionnel. L’industrie est devenue plus inclusive dans le sens ou elle touche maintenant tout le monde et tous les secteurs. D’ailleurs le mot « design » est entré dans le langage courant alors qu’il y quelques dizaines d’année, il s’agissait d’un anglicisme. 

Le fauteuil Anakie, imaginé par Charlotte Juillard en exclusivité pour MADE.




Pour Anni Albers « Être créatif n’est pas tant le désir de faire quelque chose que l’écoute de ce qui veut être fait et qui est dicté par les matériaux ». Quelle serait votre définition de la créativité ?

La créativité est pour moi la capacité à transcender les façons traditionnelles de penser ou d’agir, et à développer de nouvelles idées, méthodes ou objets. La créativité développe des choses nouvelles et originales, dépassant en cela l’imagination. S’il s’agit d’une idée, cela signifie la confronter au monde pour en vérifier la pertinence. S’il s’agit d’un processus, cela signifie tester son fonctionnement. S’il s’agit d’un objet, il faudra le créer, c’est-à-dire le fabriquer.

Selon Charlotte Perriand la modernité, c’était « exprimer son époque. Quelle qu’elle soit. Être contemporain dans un lieu donné. ». Est-ce que cette définition correspond et votre approche ?

Charlotte Perriand ne suivait pas les modes, mais avait toujours un coup d’avance. Elle était extrêmement contemporaine pour son époque. Je pense en effet qu’il faut savoir comprendre la période dans laquelle l’on vit pour imaginer des solutions pour demain. Il est important de considérer de nouvelles valeurs, autres que celles liées à la pure consommation ou à l’usage. Nous nous entourons tous d’objets, mais pourquoi ? Au-delà de la simple fonctionnalité, le designer doit aujourd’hui imaginer des objets sensibles. L’objet le plus écologique et celui que l’on ne crée pas. Il faut donc aller chercher une autre valeur, celle de l’émotion.

Pour Cini Boeri « La joie est inhérente à l'acte de concevoir, à la proposition du 'nouveau' et à sa création, avec responsabilité et passion ». Quelles sont les principales valeurs qui vous représenteront toujours ?

C’est un métier qui demande de révéler une importante part de soi au travers du dessin et des créations. Je souhaite rester honnête dans ma représentation et fidèle à ce que je suis, à savoir souriante, sensible, altruiste et bienveillante. J’espère pouvoir transcrire un peu de cela dans les objets que j’imagine.

« Je dirais que le fil conducteur de mes créations est une certaine féminité dans le dessin et la recherche d’un geste précis et juste » – Charlotte Juillard

Envie d’en savoir encore plus ? MiLK Décoration aussi parle de ce power trio. Un portrait à découvrir ici.

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